J’articule mon travail autour d’axes principaux tels que l’habitat, le corps humain et l’espace qui interagit entre ces deux formes. Ces lignes directrices sont questionnées, mises en relation par différents moyens : parfois la simple rencontre entre un espace bâti et une forme anatomique, parfois une soustraction organique à une géométrie architecturale, ou encore l’apparition des ressemblances ou le soulignement de certaines absences entre un espace habité et l’habitant lui-même. J’interroge donc les thèmes du corps-maison, de la maison comme espace de vie et de pensée, de l’interdépendance de l’espace intérieur de la maison et de notre être. Le corps me semble être le premier lieu de la vie et la maison, le lieu d’habitation privilégié du corps. De l’habitat, je retiens principalement l’espace privé, le lieu intime de la vie. Cela m’a conduit à rendre lisible/visible les liens étroits entre les lieux physiques et les lieux immatériels comme la maison incarnant notre identité profonde. L’architecture intérieure d’une maison peut résonner avec l’architecture et la construction de la pensée.

Les formes plastiques explorent plusieurs domaines, ou plusieurs médiums, allant du dessin, collage, peinture à la photographie ou encore à la sculpture. Il s’agira le plus souvent d’évoquer une rencontre de formes, de proposer des assemblages à la fois familiers et étranges qui font appel autant au domaine de la sculpture qu’à celui de la construction mais toujours avec le souci d’interroger l’espace domestique construit dans lequel nous évoluons au quotidien. Les lieux — ou l’imaginaire des lieux — suggérés ne sont pas réels mais ont la vocation d’incarner et de représenter une sorte d’espace construit fantasmatique à travers lequel chacun peut se projeter, se faire image et faire appel à son expérience de l’espace habité pour finalement ne plus savoir si ce qu’il observe en fait partie ou non.

Parfois à mi chemin entre la maquette et le plan, c’est par projection mentale, par cet effort du regard et de l’imaginaire que je me représente certaines situations, certaines structures comme l’ensemble de travaux présentés sous le nom de De Structura. D’autre fois au contraire c’est par l’expérience physique et plus directement visuelle que mon travail aborde notre rapport à l’espace comme avec la série photographique des Empreintes. Ces travaux veulent remettre en question la relation plus ou moins rigide que nous imposent les appartements, les maisons et les règles d’habitation entre nous et notre espace de vie.

Devant la difficulté actuelle très concrète de l’accession à la propriété immobilière, ma réaction est celle de la sur-construction : une liberté fantasmée de projections de lieux architecturaux, d’espaces à peine construits puis offerts au temps. Toute les expérimentations sont à la fois intimes et étrangères, éternelles et inexistantes, extraordinairement banales.

De Structura
L’ensemble des travaux présentés sous le nom De Structura représente l’intervalle entre l’idée d’un bâtiment et sa réalisation concrète, le moment où le matériau est à disposition, l’instant qui précède l’organisation, les plans et les formes figées. Un tas de briques a un devenir incertain, il peut engendrer n’importe quelle structure, n’importe quelle architecture. Un tas de briques représente le passé d’un volume construit. Il est important pour moi de pouvoir me débarrasser de l’aspect pratique et technique de la construction d’un habitat pour pouvoir créer des formes pouvant citer telle ou telle manière d’assembler sans nécessité de cohérence. Cela permet peut-être une expression du soi plus sincère et directe dans la manière de construire en évoquant parfois du mobilier, d’autres fois des fragments de bâtis, ou simplement des sculptures.

Avec les Villas Idéales j’essaie de provoquer de manière plus directe le sentiment d’appropriation d’un lieu : de grands espaces, des architectures non finies, des matériaux pour certains clairement donnés alors que d’autres sont encore indéfinis. Ces villas sont comme des fantasmes de l’inhabitation construite.